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9.1 La féminisation des textes

La féminisation des textes a pour objet de rendre les femmes plus visibles dans les communications et de substituer aux tournures sexistes des expressions et des périphrases non sexistes. La présence des femmes est de plus en plus marquée dans des documents comme les conventions collectives, les manuels scolaires, les formulaires à caractère administratif, les textes et discours de nature politique.

Les techniques de féminisation proposées ci-après respectent les directives émises par le Conseil du Trésor concernant l’élimination des stéréotypes sexistes et s’alignent généralement sur les recommandations de l’Office de la langue française du Québec. Il importe de préciser que la féminisation des textes ne comporte aucun caractère obligatoire. C’est à l’auteur d’établir la nécessité d’y avoir recours dans son texte. Il faut faire preuve de jugement et, bien entendu, respecter les usages et directives du ministère ou de l’organisme intéressé.

9.1.1 Recommandations générales

Si on choisit de féminiser un texte, deux techniques de féminisation sont privilégiées :

  • L’écriture des deux formes, masculine et féminine, au long;
  • L’emploi de termes génériques et de tournures neutres.

D’autres techniques peuvent être utilisées dans certains cas. Elles sont décrites plus loin.

9.1.2 Formes masculine et féminine au long

La forme masculine et la forme féminine du nom ou du pronom sont écrites toutes deux, au long, l’une à côté de l’autre :

  • Le chef du contentieux fera parvenir un avis de convocation aux avocats et aux avocates du ministère.
  • Les traducteurs et les traductrices du service font de plus en plus d’heures supplémentaires.
  • Tous et toutes sont invités à participer à l’atelier sur la gestion du temps.

Il est fortement déconseillé d’avoir recours aux parenthèses, au trait d’union ou aux barres obliques pour l’inscription du féminin. Ces formes télescopées ne sont pas conformes aux règles grammaticales et nuisent à la clarté de la communication :

  • les directeurs(trices)
  • les chirurgiens/nes
  • les étudiant-e-s
  • les auditeurs-trices
  • les employés(es)
  • Les employé(e)s doivent être attentifs(ves), poli(e)s et courtois(es) avec leurs client(e)s.

Voici donc les principes à respecter lorsqu’on écrit les deux formes au long.

a) Accord des adjectifs et des participes

Les adjectifs et les participes passés se mettent au masculin pluriel lorsqu’ils se rapportent à la fois au nom masculin et au nom féminin. Si les deux noms sont au singulier, l’accord peut se faire au masculin singulier si cela n’entraîne pas d’ambiguïté :

  • Les Canadiens et les Canadiennes seront bientôt appelés à élire un nouveau gouvernement.
  • les candidates et les candidats choisis
  • la candidate ou le candidat choisi

Certains proposent de faire l’accord avec le nom le plus rapproché; c’est donc dire que, dans certains cas, l’accord pourrait se faire au féminin pluriel :

  • Les vendeurs et les vendeuses sont compétentes.

Ce type d’accord peut être considéré comme une survivance de la langue classique. Cependant, il est susceptible d’introduire une confusion là où l’adjectif ou le participe ne se rapporte qu’à un seul des noms. S’il y a danger d’ambiguïté, il vaut mieux éviter ce procédé.

b) Ordre des formes féminine et masculine

On place indifféremment la forme masculine ou la forme féminine en premier lieu dans l’énoncé :

  • les femmes et les hommes
         ou
    les hommes et les femmes
  • l’employé ou l’employée
         ou
    l’employée ou l’employé

Cependant, pour des raisons d’euphonie, le nom qui régit l’accord (souvent le nom masculin) est placé le plus près possible du mot à accorder lorsque les noms sont accompagnés d’un adjectif ou d’un participe [voir aussi 9.1.2a) Formes masculine et féminine au long] :

  • les candidates et les candidats absents
  • l’employée et l’employé congédiés

Certains ont proposé de respecter l’ordre alphabétique des lettres qui composent les termes, étant donné que cet ordre ne repose pas sur la hiérarchie des sexes :

  • les vendeurs et les vendeuses
  • les candidates et les candidats

c) Répétition des articles et des adjectifs

Les articles définis et indéfinis sont répétés, en principe, devant chaque nom qu’ils modifient :

  • Cette politique s’adresse à l’ensemble des professeurs et des professeures.
  • Les conseillers et les conseillères du Ministère se tiennent à votre entière disposition.

Lorsque la forme masculine et la forme féminine d’un nom sont les mêmes (nom épicène), il est possible — mais non recommandé — d’écrire le ou la ou un ou une devant le nom. Il est préférable d’écrire le mot au long après chaque article :

  • Le titulaire ou la titulaire du poste devra effectuer le travail dans des délais très serrés.
         et non
    Le ou la titulaire devra effectuer le travail dans des délais très serrés.

On répète aussi en principe les adjectifs :

  • Certaines avocates et certains avocats seront exemptés de remplir le questionnaire si leur emploi du temps est trop chargé.
  • Le crédit à la formation équivaut à 10 % du salaire annuel du nouvel employé ou de la nouvelle employée.
  • Tous les agents et toutes les agentes recevront bientôt un nouvel ordinateur.

d) Suppression d’éléments

Il est possible de supprimer l’article lorsque la forme masculine et la forme féminine désignent des personnes appartenant au même groupe :

  • Les agents et agentes qui sont en congé devront obtenir une autorisation spéciale.
  • Les participants et participantes doivent remplir un formulaire d’évaluation à la fin de l’atelier.

Cependant, pour éviter tout risque d’ambiguïté, il n’est pas souhaitable de supprimer le deuxième élément d’un titre de fonction comportant un trait d’union :

  • On veut retenir les services d’un expert-conseil ou d’une experte-conseil.
         et non
    On veut retenir les services d’un expert ou d’une experte-conseil.

Il en va de même des titres de fonction formés d’un nom et d’un adjectif :

  • Le directeur général ou la directrice générale siégera à la prochaine séance de l’assemblée.
         et non
    La directrice ou le directeur général siégera à la prochaine séance de l’assemblée.

Il est admis de ne pas répéter inutilement certains éléments de la phrase :

  • Tous les coordonnateurs et les coordonnatrices ont uni leurs efforts pour lancer le programme à la date prévue.

e) Reprise par un pronom

Quand les formes des deux genres ont été utilisées dans une phrase, on peut ensuite avoir recours au pronom masculin pluriel :

  • Le Ministère offre aux informaticiens et aux informaticiennes un cadre de travail unique en son genre pour qu’ils travaillent plus rapidement dans les situations d’urgence.

Quand on a utilisé dans une phrase soit un nom collectif comme personnel, soit un terme pluriel qui, comme cadres, est dit épicène — c’est-à-dire un terme qui s’écrit de la même façon au masculin et au féminin, — on se sert des deux pronoms si l’on veut faire ressortir le féminin dans le texte :

  • Les cadres de la direction ne font pas tous et toutes partie du même groupe professionnel.
  • Le personnel du Service est convoqué à une réunion importante; ceux et celles qui ne pourront s’y présenter sont priés d’en informer la direction le plus tôt possible.

f) Accord du verbe après ou

Si la conjonction ou évoque une idée d’addition, le verbe se met au masculin pluriel :

  • L’employé ou l’employée sont tenus de respecter les consignes de sécurité.

Si la conjonction ou implique une disjonction ou une opposition entre les noms, le verbe se met au singulier :

  • La directrice ou le directeur en poste à Toronto est appelé à prendre des décisions difficiles.

9.1.3 Termes génériques et tournures neutres

Si le rédacteur ne souhaite pas utiliser les formes des deux genres, il peut avoir recours à un autre procédé, que certains ont appelé « neutralisation du discours ». Ce procédé consiste en l’emploi de termes génériques et de tournures neutres. Il permet d’éviter les répétitions et peut être utilisé en alternance avec l’écriture des deux formes au long.

a) Les termes génériques

Par terme générique, on entend un terme qui convient à toute une catégorie ou à un genre, et non à un individu en particulier. Ce terme peut désigner à la fois les hommes et les femmes, comme personne ou gens. Ce peut être également un collectif :

  • le personnel
  • l’effectif
  • la clientèle
  • la direction
  • la communauté
  • le corps enseignant
  • l’électorat
  • la main-d’œuvre

Les termes épicènes pluriels peuvent aussi jouer le rôle de génériques :

  • Le premier ministre donnera une conférence de presse à laquelle sont conviés les journalistes.
  • Les pilotes doivent respecter les conditions énoncées sur leur permis.
Remarque

Il faut éviter l’emploi de titres génériques formés avec le mot homme :

  • gens de loi et non hommes de loi
  • gens d’affaires et non hommes d’affaires
  • droits de la personne et non droits de l’homme

b) Les tournures neutres

Par tournure neutre, on entend une formule impersonnelle ou une tournure de phrase comportant un verbe à l’infinitif ou un nom :

  • Quiconque demande…
         au lieu de
    Tout employé ou toute employée qui demande…
  • Avez-vous la citoyenneté canadienne?
         au lieu de
    Êtes-vous citoyen canadien ou citoyenne canadienne?
  • Planifier les activités de la direction…
         au lieu de
    Le titulaire ou la titulaire planifie les activités…

On peut, selon le contexte, utiliser les pronoms impersonnels on ou il au lieu des pronoms personnels :

  • Il est fortement conseillé d’obtenir l’autorisation du personnel compétent.
  • On remplira le formulaire d’évaluation à la fin de l’atelier.

Les formulations impersonnelles sont particulièrement utiles dans les formulaires et les descriptions de poste, ainsi que dans les textes administratifs en général.

9.1.4 Hommes et femmes

Dans certains cas, il est possible d’opter pour l’incise hommes et femmes ou encore homme ou femme afin d’intégrer plus aisément l’élément féminin dans la phrase :

  • Tous les ingénieurs, hommes et femmes, sont convoqués à l’assemblée générale.
  • Chacun, homme ou femme, était étonné de la réponse du président.

9.1.5 Reformulation

Pour éviter les répétitions qui alourdissent le texte, il est souvent souhaitable de reformuler la phrase, c’est-à-dire d’en modifier la structure :

  • S’il s’agit d’un premier rendez-vous…
         ou
    S’il s’agit d’une première visite…
         au lieu de
    Si le client ou la cliente vient pour la première fois…
  • Dans certains cas, le recours à la justice sera nécessaire.
         au lieu de
    Dans certains cas, vous devrez faire intervenir les avocats ou les avocates.

9.1.6 Emploi de la voix active

Dans la mesure du possible, il est conseillé d’avoir recours à la voix active, la voix passive impliquant l’usage d’articles, d’adjectifs et de participes propres à la forme masculine et à la forme féminine. L’emploi de la forme active permet d’éviter toute ambiguïté ou d’éliminer l’effet de répétition :

  • Nous vous prions de…
         au lieu de
    Vous êtes priés et priées de…
  • Si vous ne pouvez assister à la réunion…
         au lieu de
    Si vous ne pouvez être présent ou présente à la réunion…

9.1.7 Note explicative

Selon la grammaire traditionnelle, le genre masculin n’est pas uniquement l’expression du sexe masculin : il sert aussi de genre commun ou de genre neutre.

Afin d’éviter les redondances qui surchargeraient un texte, certains choisissent de placer en début de texte une note explicative précisant que le masculin est utilisé comme genre neutre pour désigner à la fois les hommes et les femmes :

  • Dans le présent document, les mots de genre masculin appliqués aux personnes désignent les hommes et les femmes.
  • Le genre masculin est utilisé dans le présent questionnaire comme genre neutre.
  • Afin de faciliter la lecture du présent texte, nous avons employé le masculin comme genre neutre pour désigner aussi bien les femmes que les hommes.

Toutefois, l’emploi d’une telle note, qui ne féminise pas vraiment le texte, n’est pas une solution à privilégier.

9.1.8 Alternance des genres

Quelques organismes proposent comme méthode de féminisation l’alternance des genres :

  • L’employé doit respecter les règlements… L’employée doit également suivre les consignes de sécurité…

Si ce procédé présente l’avantage de la concision, son emploi est cependant délicat. Il faut veiller à ce que le message ne prête à aucune confusion.

9.1.9 Emploi du féminin dit générique

Quelques organismes expérimentent l’emploi du féminin dit générique, c’est-à-dire du féminin utilisé comme genre neutre dans les textes. Dans le cas d’organismes regroupant uniquement ou presque exclusivement des femmes, par exemple, le féminin a la même valeur que le masculin neutre et est utilisé pour désigner l’ensemble des membres ou une personne indéterminée :

  • Notre association est à la recherche d’une coordonnatrice.

Il importe de préciser que le féminin dit générique est une notion tout à fait nouvelle, donc absente des grammaires et ouvrages de langue courants. Cette technique avant-gardiste est restreinte à certains milieux.